Le silence est requis dans cette zone…

Vous connaissez ces jours où vous allez au boulot et vous n’êtes plus surpris de l’absurde parce qu’au bout d’un moment vous vous dîtes que ça ne vaut plus la peine de batailler, parce que de toute façon on ne vous écoutera pas… et un point c’est tout…

Je me disais « lâche prise » sous entendu « lâche tout ça ». Ce jour là je me suis transformée en « ne lâche rien » !!!

silencePour vous remettre dans le contexte. Mardi dernier un bruit court, et souvent vous remarquerez qu’il n’est pas seul. Nous rions trop au travail ! Ceci n’est pas un compliment mais très clairement un reproche. Je ne m’en étonne donc pas, je n’en fais même pas débat et je me dis ‘surtout ne t’en mêle pas, ça n’est pas forcément nécessaire’. Le propos passe de collègue en collègue et s’affine au fil des personnes de détails croustillants. Vous savez comme une mayonnaise prend vite dans les services, je ne vous fais donc pas de dessin ! Ceci dit les détails se révèlent quelque peu exacts lorsque c’est le chef qui vient nous expliquer qu’en effet  » Nous rions trop et c’est la réunion avec tous les médecins qui a conduit à ce constat « . ‘Ben voyons’, pensais-je… ‘Zen, lâche prise. Ce ne sont que des paroles en l’air une fois de plus, des reproches. Lâche…’

Mercredi j’arrive tranquille sachant que ça va encore jaser du sujet de la veille mais bien décidée à laisser couler. Je pénètre dans le service et je prends mes affaires dans mon casier. Dans la salle je trouve mon chef en train de faire en catimini, un assemblage de papiers et de scotch que de toute évidence il aurait préféré que je ne vois pas. Maudit suis-je d’arriver tôt le matin ! En passant je lis en rouge vif:

LE SILENCE EST REQUIS DANS CETTE ZONE’

Je lui dis: « Ca me fait rire ce que tu es en train de faire », ce à quoi il me répond, clairement énervé: « Moi ça ne me fait pas rire du tout ». Les mots sortent tout seul de tout mon cœur bien triste en vérité: « Ben moi ça me désole »… Je m’en vais de là pensant ‘lâche, lâche…’
Et puis, il vient du côté où je travaille et je me rends compte qu’il commence à en mettre partout. Partout et surtout il décroche le calendrier de nos anniversaires pour mettre son immonde message rouge à la place. Je vois rouge pour le coup, et de tout mon sang rouge mais froid je lui dis: « Ton papier ne restera pas jusqu’à la fin de la journée« . S’en suit un échange riche de « si » et de « non« . Je lui demande clairement sur quoi repose cette obligation de nous taire partout, en fait ?! La fameuse réunion d’hier où les médecins se sont entretenus à notre sujet, sans nous, bien entendu. Au final, ils ne sont que 4 médecins présents à cette réunion (sur plus d’une douzaine avec qui nous travaillons). L’un d’eux nous a défendu, face à un seul sur les 4 qui s’est plaint, en vérité. J’aime quand on déforme les choses… 😦 Rapidement, mon chef se trouve débordé par ce que je lui dis sur l’état du service: que nous avançons dans le vide, que l’on ne nous dit jamais rien sinon que des reproches, que nous sommes là tous les jours à trimer et travailler de la même façon, dans une routine désarmante alors que nous pourrions essayer de nouvelles choses, que les nouveaux arrivés sont déjà prêts à faire leurs valises, blasés…

Le-silenceOn ressemble à quoi ici ? Il me répond avec cette mimique de victime, épaules en arrière et mains en l’air: « Que veux tu que je fasse quand je suis acculé contre un mur par un médecin qui me dit que vous riez trop ? Je dois répondre et faire ce qui s’impose par rapport à ce qu’il me dit. En l’occurrence de vous demander de vous taire et de vous auto-censurer. Vous devez vraiment apprendre à vous auto-censurer !« . Nous « taire« , nous « auto-censurer« , entend-il seulement dans sa propre bouche ce qu’il dit !? De ma bouche sort alors: « Tu n’obtiendras jamais de moi le silence« . Je lâche. Je ressens alors cette colère révélée par ma tristesse, exprimée sans cris, mais désolée d’entendre ce que j’entends.

Je lâche… Je souffle…

Ce que j’ai dis a fait changer le terme de « silence » par le terme de « calme ». A présent « LE CALME EST REQUIS DANS CETTE ZONE ». Zones qui se sont multipliées et démultipliées. Il m’a semblé que: LE RESPECT EST REQUIS DANS CETTE ZONE aurait été plus juste car ce ‘médecin reproche’ nous manque souvent de respect au travail. J’ai défendu ma parole contre un silence qui souhaitait être imposé et j’ai déjà fait sauter une feuille. Et vous, vous a-t-on déjà demandé de vous taire ? Qu’est-ce que cela vous invite à penser si je vous dis que demain, vous devez vous taire au travail et juste faire ce qu’on vous dit de faire, sans rire bien sûr car ça serait trop bruyant et cela pourrait nuire au bon fonctionnement de votre service ? Nous existons dans notre parole, nous devons la défendre, nous connaissons mieux que personne notre travail et sa juste valeur. Nous savons aussi que travailler dans la bonne humeur apporte une meilleure qualité aux soins.

Le pouvoir des mots ne doit pas être sous-estimé, et vous avez ce pouvoir avec vous tous les jours ! Alors c’est à vous qu’il appartient de taire ou non ce qui vous semble important d’être dit… et ce choix est là au quotidien…

R.

ps: je précise que je travaille dans un service où les patients sont de passage et où il n’y a pas d’hospitalisation, pas de chambres.

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Une réflexion sur “Le silence est requis dans cette zone…

  1. Et quand bien même il y aurait des chambres… les gens ont besoin de savoir qu’ils sont encore dans la vie et pas juste « en train de mourir ». Du moment que les rires ne se transforment pas en gloussements à longueur de journée.
    D’ailleurs, si le silence est requis, n’ouvrez plus la bouche. ni en réunion, ni pour parler au médecin. ne parlez que par écrit…
    sinon, une démission de groupe devrait aussi faire l’affaire !
    (ont-ils oublié l’ambiance de l’internat?????)

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