Un instant qui répare…

Hello les collègues !

mains-soignantJ’avais envie de vous proposer un court instant de voyage avec moi. Je voyage à travers l’Asie depuis maintenant 8 mois avec Clément, mon beau brun. Et là c’est au refuge de Thabarwa, au Myanmar (anciennement la Birmanie) que je vous emmène. Plus précisément, je voulais vous emmener à la rencontre de Papa Ki. Ça se prononce Papa Tchi 😉 Ce grand père vit dans ce refuge depuis on ne sait plus trop quand… Probablement depuis qu’il ne peut plus bouger un bras, et que ses jambes restent bloquées et croisées dans la même position jours et nuits.

Ce monsieur à l’âge énigmatique et presque chauve, nous ouvre ses yeux bleu-gris auréolés d’un halo blanc. Il a quelques longs poils blancs au menton et plus vraiment de dents. Il ne parle plus, il sait juste nous montrer de sa main déformée par l’arthrose ce dont il a besoin. Papa Ki habite une petite maison d’une seule pièce, mais il n’est pas seul. Il est un peu en collocation avec ses voisins de lit qui sont au nombre de 9. Ils ont tous un lit mais ils n’ont pas la « chance » du grand père. Un matelas à air achetait par les volontaires. Les autres n’ont pas de matelas et dorment sur une simple planche de bois. Je voulais vous parler de lui, de ce grand père qui m’a touchée et qui comme tant d’autres ici, n’a rien. Juste cette planche de bois, ce matelas à air, trois chemises et deux longgyis (tissus traditionnels pour couvrir les jambes).

Le matin quand il a de la chance (et nous aussi, par la même occasion), il a été changé dans la nuit et ne baigne pas dans ses besoins qui se seront déposés sur l’alèze en plastique. Et non, il n’y a pas de draps, pas de slips non plus, entre Papa Ki et son matelas à air, en plastique lui aussi. Nous l’amenons alors sur sa chaise pour la toilette où trône un coussin dont personne ne saurait dire la couleur. Il nous aide parfois, quand il a un peu plus la pêche. Il déplie son bras valide pour enfiler sa chemise ou attraper un bout de gâteau qu’il fera disparaître avec un regard plein de gourmandise.

Et vous savez quoi… Il s’est passé quelque chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps. J’ai eu du TEMPS. Là, face à ce grand père muet et démuni, j’ai pu prendre le temps. Le temps de prendre soin de ce monsieur. Avoir le temps pour prendre soin de lui, me ramène à ces souvenirs de courses effrénées des toilettes du matin où tu as 12 patients dont 5 personnes âgées grabataires dont tu dois t’occuper seule. Ici, je prends mon temps et ça me fait du bien. Je répare une part de moi-même en accompagnant cet homme vers un mieux être. Je répare la soignante qui fut en souffrance de ne pas pouvoir prendre le temps qu’il fallait pour prendre soin de l’autre.

Le temps de la dignité. Le temps du respect de l’intimité. Le temps de la douceur.

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Alors oui, ici je n’ai que deux éponges de vaisselle et deux seaux d’eau tiède à froide, un savon et une serviette de la taille d’un torchon pas propre, mais j’ai le coeur remplit. Avec mes mains et mon sourire, je suis au bon endroit. A cet instant il n’y aucun doute, je vis le présent et l’apprécie avec beaucoup de gratitude parce que je suis à ma place. En accord parfait à l’intérieur de mon être, je me suis reconnectée à la soignante qui aime son métier de tout son coeur. Et ça fait du bien 🙂

Après le petit déjeuner fait d’une petite tasse de chocolat chaud, d’un petit gâteau bien trempé et d’une banane écrasée, nous le remettons au lit. Je fais les pansements avec les moyens du bord. Le sucre brun fait quand même bien son travail ! Les trois escarres (sacrée et hanches) de Papa Ki vont de mieux en mieux quand je vois ses cicatrices et les marques, je vois combien il a du souffrir. Il aura fallu du temps et il en faudra encore, mais c’est en route. Je pars tranquille après un dernier massage du dos à l’huile d’amandes douces…

Merci pour ces moments matinaux aussi rares qu’ils ont été beaux.
Je remercie aussi le Thabarwa Centre, la médecin et Margaux, toutes 2 volontaires de passage que j’ai pu accompagner pour qu’ensemble nous prenions soin de ce monsieur.

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N’oublions pas de prendre soin de nous, cher(e)s collègues !
A tout bientôt !

R.

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