Comme un abandon…

Le programme déborde comme à son habitude… Ceux qui prennent la relève voudraient faire avancer les choses. Ils se divisent : l’un travaille à terminer un examen et l’autre se charge d’installer la suivante dans la salle qui est au bout du service. Elle profite de la présence d’une dernière personne de jour pour installer cette dame paralysée des jambes à la suite d’une opération d’hernie discale qui a mal tourné. Visiblement, en parcourant son dossier on peut rapidement se rendre compte que la prise en charge est remplie d’impasses.

L’installation est difficile et douloureuse pour cette dame qui garde les sensations du haut du bassin jusqu’à sa tête. La plupart de ces ressentis sont teintés de crispation, de raideur, de douleur et de peur qu’on lui fasse mal. L’examen qui consiste à aller visualiser les artères dorsales, devrait prendre une bonne heure. Autant dire que sur une table en dur, les ressentis seront au rendez vous rapidement.

Je reviens le lendemain en me demandant comment cela s’est fini. Le secrétaire m’apprend qu’on va faire cet examen aujourd’hui et que finalement il n’a pas été fait la veille. Je suis très étonnée. J’attends la venue du médecin pour avoir des précisions sur ce qui s’est passé. Elle arrive et je la trouve bouleversée. Je suis un peu tendue et ma collègue qui avait aidé à installer la patiente avant de partir, est horrifiée de l’avoir installé pour rien et dans ses ressentis de crispation, de raideur, de douleur et de peur qu’on lui fasse mal… Ces ressentis que nous, nous ne connaissons pas.

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Oui mais voilà. Madame était dans un état terrible. La médecin pâle, s’explique. La patiente a été installée pendant qu’elle terminait avec l’autre infirmier l’examen en salle. Le problème c’est que l’examen a duré près d’une heure. Cela faisait un quart d’heure qu’ils avaient commencé l’examen quand l’infirmière a installé la patiente. Une fois la préparation faite, l’infirmière est partie et a laissé seule la patiente pendant le temps restant. Lorsque la médecin est sortie de sa salle, une heure plus tard, elle est allée directement dans l’autre. Lorsqu’elle est entrée, elle a trouvé la patiente en train de hurler, de pleurer tant les ressentis étaient fait de crispation, de raideur, de douleur et de peur parce qu’on lui faisait mal en la laissant sur cette table, seule… livrée à ses douleurs et incapable de descendre de cette table. Prisonnière de son corps. Nous, nous ne savons rien dans notre corps de ce que cela veut dire et représente.

Alors, nous sommes juste choquées, frappées d’un coup. Une collègue se souvient alors de ce qui s’est passé sans avoir eu connaissance de cette patiente installée en salle avec quelques difficultés. Notre collègue était effectivement partie chercher son chargeur de portable oublié dans sa voiture. Du service jusqu’au parking autant dire qu’il n’y en a pas eu pour 5 minutes chrono… « Et même… » répond la médecin, « même une minute on ne devrait pas laisser cette patiente seule »… Dieu seul sait combien de temps cette femme a dû pleurer, hurler et demander de l’aide en ayant pour seule réponse le silence, la crispation, les raideurs, les douleurs et la peur…

Loudspeakers

Nous avons donc accueilli cette patiente dans ma salle ce fameux lendemain. Elle agissait comme un être apeuré en cage, qui ne sait pas comment elle va réussir à gérer ses ressentis qui pourraient rapidement se teinter de crispation, de raideur, de douleur et de cette peur qu’on lui fasse du mal. Que l’horreur de la veille ne revienne et recommence; qu’elle soit abandonnée à son sort une nouvelle fois. Nous nous mettons à 4 pour la mettre sur la table en la faisant glisser sur la planche. D’un mouvement uni, le transfert se fait d’un bloc. Madame laisse échapper un « Super » de soulagement. Nous aussi, nous sommes « Super » soulagés… 🙂 Je choisis de rester à côté d’elle pour l’aider à respirer et souffler le temps de l’anesthésie locale. Et puis les médecins feront le reste avec la participation d’une patiente calme et sereine. Nous la remettrons au lit, après l’avoir assuré que nous avons pu faire toutes les images nécessaires et même un peu plus. Elle nous dit alors que « pour la première fois depuis longtemps elle a eu de la chance que ça se passe aussi bien pour elle »…

Tout était mal qui se finit bien. La collègue n’a pas été encore entretenue pour cette conduite inacceptable, cette absence malveillante, son abandon irresponsable… Peut-elle seulement s’imaginer à quoi ont ressemblé ces longues minutes de crispation, de raideur, de douleur et de peur qu’on fasse mal ? L’empathie, la bienveillance et la compassion étaient sans doute allaient se faire voir ailleurs… Les torts sont évidemment partagés autant que  les responsabilités… Mais bon, chaque personne porte la responsabilité pleinière de ses actes et de ses choix. Restons vigilants à nos comportements, soyons à l’écoute de notre humanité et n’oublions pas que nous ne pouvons pas prétendre que nos actions n’ont pas de répercussion sur les autres.

Merci.

R.

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