Un espoir derrière la maltraitance

Coucou tout le monde,

Vous avez été très nombreux à lire le dernier article que j’ai posté ici dont l’auteure est celle du blog « La salle de pause. Un lieu pour penser, un lieu pour panser. » Quoi de plus normal de voir l’amoncellement de vos commentaires, sur facebook notamment, en réaction à ce récit qui nous apprend l’honnêteté, la responsabilité, la compassion, la bienveillance et la vulnérabilité. Elle a pris le risque d’aller dans l’arène des impitoyables soignants que nous pouvons être, le risque de se faire couper en morceaux… Mais sa vulnérabilité a été une force qui a transformée sa vie et ce grand saut d’écriture montre la profondeur de son courage.

24524376-portrait-surrealiste-d-39-une-femme-sans-visage-avec-son-masque-de-visageLa maltraitance que nous infligeons aux autres est importante à dépister. Moi-même je sais, j’en suis persuadée que j’ai chuté, je me suis pris des remarques qui m’ont fait agir moins humainement, jeune et influençable, faire tout bien comme on nous dit, qui sont ses visages de soignants sinon les nôtres. Voir ce que l’on est capable de faire par ignorance, par abus, par pression, pour éviter les engueulades voir l’affrontement… Oui, car j’ai pu lire ici et là, des étudiants molestés moralement mais aussi physiquement parce qu’ils disaient ce qu’ils pensaient ou qu’ils allaient trop lentement pour faire une toilette.

Lorsque nous ne voyons pas, lorsque nous ne réagissons pas, que nous soyons acteurs ou spectateurs, nous faisons du mal. Nous faisons du mal à l’autre, oui, mais à qui faisons nous encore du mal sinon à nous-mêmes ?! A quel point sommes nous maltraitants envers nous-mêmes ? Respirer un grand coup, ce n’est pas un moment de gloire ici… Mais ça n’est certainement pas le moment de s’acharner sur soi, mais plutôt de se réveiller. Combien ai-je lu de « c’est pas normal, mais si vrai », de « triste réalité », « malheureusement c’est comme ça depuis 20 ans que je travaille »,… Bref un quotidien de souffrance, et combien en sont repartis avec un mal-être offert par la « maison » ?! Notre souffrance responsable de celle des autres ? A quel point nous rendons nous compte des gestes que nous faisons chaque jour. Nous savons qui nous sommes, nous sommes difficiles à changer, difficiles à recevoir la critique, un nouveau regard, nous sommes souvent intransigeants envers nous-mêmes, les soignants de tout bord qu’ils soient médecins, aide soignants, infirmiers, et puis les patients. Ceux qu’on aurait tendance à appeler « les autres » si l’on y fait plus vraiment attention, voir un numéro de chambre pour désigner le patient, une pathologie et j’en passe. A quel moment deviennent-ils des « non-personnes », et à quel moment les traite-t-on ainsi ? A partir de quel instant nous oublions qu’ils peuvent être un proche ? Toute ces questions ont plusieurs réponses:

– l’ignorance, la peur et la pression des autres mais aussi celles que l’on s’inflige soi-même, le manque d’intérêt pour l’autre, voir même le dégoût du rapport à l’autre (c’est du vécu en tant que spectatrice, ça laisse pensive 😦 )

– l’esprit de fatalité: « c’est comme ça depuis toujours, ça ne changera plus, il n’y a rien à faire » (notez que nous sommes nombreux à le penser) qui se matérialise par la force de la pensée qui barricade et verrouille les situations où l’on ne voit aucune possibilité d’amélioration possible,

– la fatigue: celle que l’on ne récupère pas par manque de sommeil, de rythmes de travail qui dérèglent, celle qui s’accumule parce qu’on ne s’alimente pas correctement, on n’a pas de pauses pour manger tranquille,

– le mal être: celui qui imprègne nos émotions, notre estime de nous-mêmes, la petite voix du critique intérieur qui vous chuchote que vous n’êtes pas assez bien, pas assez efficace, pas assez performant, pas assez humain, pas assez disponible pour les gens, que vous aimeriez faire plus mais que vous n’arrivez pas à passer le cap…

Au bout on cherche à se protéger et notre rapport à l’environnement devient froid, se déshumanise, se dépersonnalise…

Tout cela ne vous dit rien ??? Notre cher burn-out qui sait très bien où nous habitons n’hésite pas à venir toquer régulièrement à notre porte. Qu’avons nous à lui offrir à ce mal être avant qu’il n’en arrive là ? Comment prévenir ?

Mettre de la lumière là où nous savons que l’ombre agit en nous. Autrement dit que nos failles ne soit pas des trous, des éponges, des critiques qui nous malmènent sans cesse. Il faut une prise de conscience réelle de ce que nous vivons chaque jour. Tant qu’elle ne sera pas là nous n’irons pas plus loin dans nos actions puisque nous n’y croyons pas. Cela veut dire que nos actes font battre en retraite nos propres idées, nos propres espoirs. Nous sommes responsables en partie de ce qui nous arrive à nous-même chaque jour que nous actons sans avoir conscience de l’impact réel que nous avons sur autrui. 

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« Il y a une fêlure en chaque chose. C’est par là que rentre la lumière ». Leonard Cohen.

Nous sommes tous « fêlés », certains se diront « râtés », d’autres « imparfaits »… Mais en réalité qui se dit ça à 90% du temps, c’est nous-mêmes. La lumière peut passer en chacun de nous si nous nous efforçons de voir qu’il y a une réalité qui est pire si on la regarde de l’extérieur (comme à la lecture de l’article) que nous alimentons, que la réalité peut être différente grâce à nous-mêmes. Changer d’abord notre regard de chaque jour. Juste Observer, replongeons dans un bon vieux stage d’observation. Observation de nous, de nos mots, de nos maux, de nos attitudes… Posons nous cette question: suis-je juste ? Et si la réponse est négative, que puis-je y faire Là Tout De Suite ! C’est bête mais par exemple, écouter vraiment une personne qui vous parle de son lit objectivement ne vous demande pas plus de temps mais une autre attention d’écoute. Dans cet élan, nous pouvons sentir jusqu’où nous pouvons aller : vers un mieux-être de tous les jours qui est bien plus proche de notre réalité que ce qu’on voudrait bien croire, parce que parfois il faut dire que ça nous arrange de ne pas avoir à changer et d’attendre que les pouvoirs publics changent. Je ne dis pas qu’ils ne doivent pas se bouger le cul, mais je pense qu’il serait temps de nous bouger le notre aussi, dans la vie réelle au quotidien, et prendre une conscience profonde de ce que nous vivons chaque jour pour vraiment aller de l’avant et manifester un mécontentement unanime 🙂 Mais cela n’arrivera pas tant que nous ne changerons pas nos lunettes, nos sonotones, et tout nos accessoires de communication ! Laisser entrez la lumière, la bienveillance, la compassion pour vous même, entrées chez vous. Elles n’attendent que ça pour vous booster 😉

Courage 🙂 Et bonne journée ! Gardons l’espoir sans nous maltraiter, mais en changeant de réalité par nos actes et nos paroles 😉

R.

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8 réflexions sur “Un espoir derrière la maltraitance

    1. Merci 🙂 et vos ressentis sont aussi les miens car l’équilibre au travail, auprès des gens, restent quelque chose de difficile à trouver pour moi aussi mais il faut le rechercher à tout prix, pour nous et pour nos patients. Prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres 😉

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  1. Le corps médical a conscience de cette problématique expliquée ici.
    Personne ne souhaiterait être traité de la sorte (que ce soit lors d’une maladie (avec un état fragile et sans défense) ou que ce soit à nos fins de jours).
    Personnellement, je suis rassurée que des soignants prennent conscience de tout cela (certains s’en excusent et demandent pardon à travers un témoignage, d’autres continuent leur chemin sans un regard en arrière, non il faut demander pardon et savoir aussi les pardonner (c’est déjà un début pour aller de l’avant)
    Courage à l’équipe soignante qui veulent le changement pour le bien des patients âgés et fragile et pour tous les autres.
    NON à LA MALTRAITANCE (dans tous les sens du terme) ET PLUS JAMAIS CA !

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  2. Je suis désolé de ne pas aller dans vôtre sens mais personnellement et je suis infirmier, je ne me sens pas vraiment concerné par vos propos, je vis bien mon métier, je ne me sens pas en brun out et je ne pense pas non plus être maltraitant (plutôt bon feeling avec la grande majorité des patients), j’ai lu ci dessus que des étudiant étaient « molestés » physiquement…et bien il faut porter plainte, je suis jeune DE mais je boss à l’hôpital depuis 2003 et je n’ai jamais entendu ou vu de telles histoires (je ne remet pas en cause la véracité de vos propos mais dans ce cas, qu’ils portent plainte car c’est strictement interdit) voilà en résumé tous les professionnels de santé ne sont pas maltraitants (patient ou étudiants (qui d’ailleur vont parler de moi en bien à l’école donc preuve de bons traitements)) et si vous êtes tombé sur des personnes maltraitantes, dite vous bien que les généralités font du mal (dans tous les domaines) et que vous tomberez forcément un jour sur des gens bien qui aiment leur métier et les autres…

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    1. Bonsoir Fred,
      Ne soyez pas désolé 🙂 Je tiens à vous rassurer tout de suite: je ne dis pas que tout le monde sera, ou est, maltraitant.
      Je m’appuie sur le dernier article et sur les rebondissements que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux suite à la lecture de l’article.
      Je m’appuie sur les propos de quelques centaines de personnes (IDE, AS, AMP, Aux de Vie…) pour établir une analyse sur pas mal de gens qui ont déjà eu le sentiment de fleurter avec la maltraitance, de la vivre ou d’en être spectateur. Je tiens donc ici à bien séparer le vécu des personnes sur les réseaux sociaux, de mon vécu personnel. Je suis tombée sur des personnes superbes et je suis tombée sur des personnes en souffrance terrible. Je suis donc loin très loin de la pensée de faire ici des généralités d’un article. Le travail que j’ai fais ici c’est de décrypter un texte et les réponses que l’article a provoqué dans les émotions, dans les souvenirs d’expériences etc. Quelques unes étaient positives, très peu à mon désarroi. En revanche, je pense que vous ne pouvez pas totalement dire que vous êtes toujours tombé sur des personnes exemplaires et que vous-même n’avez jamais trébuché dans votre relation aux patients. Si les généralités font mal dans un sens, c’est valable dans l’autre sens aussi, vous voyez ? 🙂 Il y a toujours des gens exemplaires qui deviennent des modèles voir des mentors pour certains, et il y a des gens plus négligents et plus en souffrance, aussi. Il ne faut nier en aucun cas l’existence des deux bords car c’est ignorer aussi l’entre-deux . Par ailleurs je suis aussi jeune DE, je suis dans le milieu depuis 2004 donc on vient de la même époque et du même programme ^^ ah ce bon vieux programme et ces chouettes msp ^^ Porter plainte dans ce milieu là, pensez vous que cela soit simple ? Vous êtes rapidement mis sur liste noire. Lorsque le parcours est sans embûche majeur tout roule malgré un stage moins bien qu’un autre, mais vous avez du avoir dans votre promo des gens pour qui c’était plus dur de s’intégrer, de trouver sa place, d’être apprécié pour ce qu’on est, pour les idées que l’on a, etc. Mon objectif ici est de permettre au gens moins heureux que vous dans leur travail de trouver une possibilité de remanier les choses et d’être attentif à ses premiers symptômes qu’on ne voit pas toujours, d’où l’expression « je ne l’ai pas vu arriver » en parlant du burn-out. Ici, l’idée c’est l’alternative. Je suis très optimiste pour les métiers de soignants car nous sommes plein de ressources et de créativité que bien souvent nous ignorons. Voilà 🙂 Merci en tous les cas de votre réaction ! C’est enrichissant d’avoir des contre point de vue, c’est normal 🙂 et moi ça permet d’améliorer mon écriture aussi 😉 A bientôt !

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  3. Rayon de soleil est pleine de talent !!!! Son appréhension de l’univers soignant est juste et maitrisé. Elle s’insinue au coeur même de nos difficultés grâce à son observation remarquable et sa perspicacité d’analyse. A travers son écriture je perçois un don qu’elle entretient voire affine de plus en plus parce qu’elle porte un regard d’une profondeur et d’une clarté qui moi sincèrement me laisse admiratif. Pour moi c’est une magicienne car elle parvient merveilleusement bien à mettre en mots notre quotidien et à redonner sens à l’insensé tout en nous apportant des clefs qui nous permettent de ne pas nous faire happer par tout ce qui nous ronge et nous dévore dans nos métiers. En la lisant c’est comme si nous étions spectateurs de nous même, elle nous amène à une prise de conscience sur une réalité que parfois nous préférons nier plutôt qu’affronter. Elle nous ouvre une porte et nous révèle à nous même ce que l’expérience du terrain ne nous autorise pas parce plus disposé à nous faire porter le poids de notre culpabilité écrasante et virulente qui ne cesse de croitre et de s’infecter avec les années. Rayon de soleil nous encourage à plus de tolérance envers nous même, nous réconforte et nous rassure, nous apprend la bienveillance et l’auto compassion tentant de cette manière à prendre soin de nous tout en humanisant le mauvais soignant intérieur objet de nos tourments, de nos « fêlures ». Rayon de soleil est une lueur à notre coeur ce que le burn-out est une braise à notre malaise. Pour conclure J’AIME +_+

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