Tous les jours

J’ai une histoire à vous raconter… La mienne et celle de tant d’autres…

Je suis là pour raconter ou pour témoigner d’un métro boulot dodo qui chaque jour nous installe, nous les soignants dans un travail où l’enthousiasme et l’envie d’un travail utile et beau nous quitte chaque jour un peu plus.

Pour arriver là où j’en suis le parcours n’a pas été simple. Devenir infirmière en France n’est pas facile, ni  nulle part d’ailleurs. Je suis une infirmière diplômée d’Etat comme on s’appelait il y a encore 2 ans… Depuis c’est un nouveau programme, une nouvelle façon de concevoir le soin et la performance dont on doit faire preuve. La performance quelle incroyable et drôle d’idée !

Dans ce métier où l’être humain doit être au centre, on fait place à la paperasse, à un bonjour entre deux portes, à des sourires qui s’effacent peu à peu, à des manques de bon sens évident et finalement on finit par oublier que c’est un peu nous en face dans ce lit. Ce patient qui pourrait demain être quelqu’un qui nous concerne, qui nous regarde plus attentivement qu’un autre parce qu’il nous connait, parce qu’il est un ami, parce qu’il est le père d’un pote ou la mère du cousin du frère de la grand tante, ou notre voisin, ou notre sœur… ou nous même. En fait, le patient n’a plus de nom, on s’en rend compte nous, mais on fait pareil que les autres. Le patient est un numéro de chambre, le patient est une maladie, le patient est un symptôme, le patient est contagieux, le patient qui sonne est celui qui nous agace parce qu’il est angoissé mais nous on n’a pas le temps, on a encore 15 patients qui attendent…

Et puis il y a les patients particuliers, ceux qui viennent parce qu’on pense qu’on peut les sauver. En fait c’est surtout le médecin qui dit ça. En général, infirmiers et aides soignants, on voit, on entend, on lit et on sait… Quelques fois on ne peut que remettre en question et puis d’autres fois on pourra même pas proposer une idée parce qu’on va se faire rembarrer. Et pourtant… la réanimation, les soins intensifs, les urgences, souvent on s’y prend très au sérieux, mais en fait on ne sait pas trop pourquoi. Ah si, peut être parce qu’on est l’instrument du médecin sans s’en rendre compte, un peu comme la cuillère du sirop, ou le verre d’eau du comprimé, mais on va peut être faire la différence et exécuter la bonne chose à faire au bon moment…

L’infirmière instrument, c’est celle que vous verrez rarement quand elle est au bloc ou quand elle vous anesthésie pour mieux vivre l’impensable pour vous, l’opération qui vous fait peur, celle qui vous terrorise et vous aura empêché de dormir toute la nuit. Il y a l’infirmière que vous verrez parce qu’on ne vous endort pas et on va passer dans votre corps avec des petits tuyaux et vous ne dormirez pas mais vous serez bien clair avec tout ce qui se passe autour de vous. Y compris notre présence à vos côtés… si on est disponible.

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Aujourd’hui j’observe que peu de gens comprennent vraiment tout ça, ce qui se passe de notre côté, ce qu’on encaisse sans trop s’en rendre compte. Pourquoi on râle ? Pourquoi on pleure ? Pourquoi on s’énerve contre les patients quelques fois ? Pourquoi on ne dort plus ? Pourquoi on rêve de travail toute la nuit ? Pourquoi on revient au travail en pleine nuit ou qu’on téléphone parce qu’on se réveille brutalement en se disant qu’on a oublié quelque chose ? Pourquoi on fait des erreurs ? Pourquoi on a fait mal à quelqu’un ? Pourquoi on n’a pas confiance ni en soi, ni en ce qu’on sait, ni en ce qu’on fait ? Pourquoi on stress ? Pourquoi on court ? Pourquoi on a une angoisse ? Pourquoi quoiqu’il arrive on n’est jamais satisfaite de notre travail ? Pourquoi au fond, on se sent seule ?

Vous saviez qu’une infirmière c’est une durée de vie d’environ 5 à 7 ans ?! Mais pourquoi… Par ce blog c’est peut être l’occasion de comprendre, de se parler, de se dire les choses et de se demander… « et moi où j’en suis ? »…
La souffrance de l’infirmière on n’en parle pas, certains essaient … mais qui nous entend ? qui nous comprend ? On est dans un monde parallèle dans ce métier, dès nos études on sent qu’on devient des étudiants un peu différents avec des drôles d’histoires de stages et d’examens à raconter… déjà à ce moment là qui nous croit, qui nous écoute, qui nous prépare vraiment à affronter ce qu’on va vivre ?

Nous les soignants souffrants…

R.

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